Un municipalisme vigoureux pour l’Europe

Si nous étudions mieux notre époque où nous sommes obligés de repenser nos institutions et de décider  quelle sorte de démocratie nous voulons, le Municipalisme s’impose comme approche  à la fois solide et réalisable.

En bref, le municipalisme est un ensemble de méthodes – qui doivent être  définies et constamment affinées par les citoyens – pour la gestion collective d’une ville. Cela implique des méthodes de participation et de prise de décision en commun qui soient collaboratives, transparentes et ouvertes. Et cela dépend de la capacité de construire une convergence entre les points de vue, conduisant à créer ensemble de solutions par l’utilisation de plateformes politiques novatrices. Ce qui en fait une approche naturelle pour DiEM25 pour qu’il y prenne part, y réfléchisse et la soutienne.

Le municipalisme reconnait la contribution unique et extraordinaire que tous les citoyens peuvent apporter sur les questions qui leur tiennent à cœur, et implique un modèle ouvert et fonctionnel de la démocratie. Modèle utilisant les approches de l’activation de l’intelligence collective, une aide  professionnelle aux discussions des citoyens, et toutes sortes de structures d’accueil pour ceux qui trouvent ardu de participer (parents, minorités etc.).

Clairement, le municipalisme n’est pas un concept défini de façon statique. C’est plutôt une approche flexible et pragmatique faisant appel à une large distribution  du pouvoir entre les citoyens, des assemblées de quartier et des centres communaux. En adoptant des méthodes de prise de décision participatives contraignantes, il crée un espace pour le changement et l’expérimentation politique. Le municipalisme concerne la création de communautés et  d’une culture qui peut survivre à des campagnes et à des divisions politiques. Il veut donner une signification collective à des aspirations  de mouvements sociaux travaillant sur le terrain et les invite à s’organiser au niveau de  base pour obtenir une représentation.

Soutenir le municipalisme

Dans cet esprit, l’événement des FEARLESS CITIES (cités sans peur) qui a eu lieu à Bruxelles en septembre a été un appel pour imaginer Bruxelles comme une ville municipaliste. Il a rassemblé environ 300 personnes de Bruxelles et ailleurs en Europe ( Anvers, Rotterdam, Amsterdam, Barcelone, Naples, Saillans, Berlin, etc) et a fonctionné avec des  médiateurs et animateurs  d’intelligence collective professionnels – qui ont invité les participants à penser les concepts et rêver les approches et solutions pour notre ville.

Parmi beaucoup d’ateliers abordant des questions d’actualité (mobilité, environnement, logement, etc) et transversales (féminisme, aspects collaboratif, international, etc), DiEM25 a participé à l’initiative et co-organisé activement les ateliers sur la «Municipalisation de l’Europe» et l’économie locale.

Cet engagement est naturel, puisque DiEM25 s’est investi si profondément dans le travail avec une initiative proposant une réflexion sur les pratiques démocratiques, parce que conscient que des approches de premier niveau ne fonctionneront pas par elles-mêmes. De la même manière, nous ne pouvons pas viser à démocratiser l’Europe si les villes ne sont pas en bonne santé. Les villes municipalistes ressentent le besoin croissant d’atteindre  d’autres niveaux de pouvoir  (régional, national et européen) pour reproduire leurs méthodes de travail et donner forme au printemps démocratique indispensable qui est en train de se diffuser tranquillement dans toute l’Europe avec le Printemps européen nouvellement créé. DiEM25 veut soutenir l’intégration de ces efforts, construisant des passerelles d’apprentissage entre initiatives et acteurs radicalement démocratiques, et encourage une culture d’expérimentation et d’émancipation partout en Europe.

La révolution municipaliste

Le municipalisme permet aux gens d’expérimenter  avec leur propre énergie,  avec de nouveaux concepts de modèles communautaires et  avec des pratiques de prise de décision collectives. C’est une occasion fantastique de lancer une révolution démocratique, en récoltant l’énergie de centres urbains (où vit plus de 50% de la population de l’UE), avec la proximité entre les gens qu’ils autorisent. Il promeut un style de participation et le « droit de décider » explorant  l’aspiration des gens à faire l’expérience de l’action politique et construisant la capacité civique dans et avec les citoyens.

Les municipalistes comprennent que le modèle démocratique patriarcal actuel n’est pas seulement en train de perdre  sa légitimité à travers l’Europe –  il contribue en effet à soutenir un insoutenable statu quo  du pouvoir et des inégalités économiques, le manque de transparence et une culture d’abus et d’impunité de ceux qui sont au pouvoir.

Plutôt, nous proposons une approche féministe de prise de décision, basée sur des pratiques collectives, le pragmatisme , moins de dogmatisme et la proximité avec les gens, incluant dans ses structures de fonctionnement  une exigence  de participation populaire constante et de la convergence comme méthode/principe de travail. La démocratie féministe reconnaît et combat la distribution actuelle du pouvoir dans notre système – entre le monde des affaires et le gouvernement, le gouvernement et les citoyens – mais aussi entre hommes et femmes ; entre hommes et hommes autant qu’entre femmes et femmes qui ont des opportunités et des pouvoirs différents dans la société. En ce sens, la démocratie féministe est transformative. Elle reconnaît aussi la nécessité de faire la connexion entre les gens et les problèmes. Sans s’unir et combattre ensemble pour une meilleure société sur ces différents points, aucune tentative d’amélioration ne réussira vraiment. La démocratie féministe est un pilier du mouvement municipaliste et est basée sur le dialogue, le respect mutuel et le consensus.

Maintenant, avant les élections communales imminentes en Belgique le 14 octobre, DiEM25 présente sa prochaine discussion «DiEM25 demande» sur «Reconquérir la ville»: démocratiser l’Europe à partir des quartiers, le 11 octobre à 20h. au Muntpunt, Bruxelles. Ce sera une occasion importante pour repenser et redéfinir la démocratie à partir de la base.

Pour cela, nous aimerions vous inviter à en apprendre davantage sur ces outils démocratiques complémentaires que nous avons aujourd’hui à notre disposition, pour poser vos questions et faire vos suggestions et réfléchir  à la bonne voie à suivre pour progresser dans ce questionnement stratégique et collectif: comment rompre avec la politique à l’ancienne ?

Comment devenir sans peur et se reconnecter à la démocratie et les uns aux autres?

Par Guilherme Serodio, membre du collectif national belge de DiEM25.