Trop tard pour une thérapie de couple?

Comme on annonce qu’il reste un créneau de trois semaines à la Grèce pour régler la question avec ses créanciers , rappelons-nous pourquoi le traitement de cette affaire doit nous scandaliser.

Depuis 7 ans, la Grèce a été coincée dans un mariage abusif avec ses partenaires européens. Bien entendu, elle n’a pas été le partenaire parfait, mais qui l’a été ? Personne ne mérite la violence. Personne ne mérite l’abus. Chacun mérite l’espoir, et non le genre d’espoir déconnecté de la réalité offert par M Schäuble : « ce sera réglé en 2060, si vous pouvez soutenir l’excédent budgétaire primaire de 3,5%, absurdement insoutenable  » . L’hypocrisie et la fausse moralité des créanciers européens et du Fonds Monétaire International sont pénibles. L’opposition de l’Allemagne à la réduction de la dette est particulièrement exaspérante, alors que ce pays a fait l’expérience, après le Traité de Versailles de 1919, du désastre tant économique que social et politique où peut mener l’entêtement vindicatif et moralisateur. Et qu’il a aussi expérimenté le pouvoir miraculeux de la réduction de dette lorsque sa propre dette a été réduite de moitié ( !) lors de l’Accord de Londres sur la Dette de 1953. Plus les années passent, plus la Grèce et le reste de l’Europe évoluent du 1919 post moderne au 1933 post-moderne. Et maintenant, avec la nouvelle que la Grèce n’a qu’un créneau de 3 semaines pour effectuer son prochain versement avant d’imploser économiquement -une nouvelle qui surprend apparemment certains medias , bénédiction sur eux – beaucoup d’entre nous ne peuvent que se demander : quand va-t-on se décider sérieusement à résoudre ce problème ?

Tromper les Européens

La réponse est évidente : lorsqu’il y aura une volonté politique pour une solution. Le seul pays où cela semble être le cas, c’est chez le patient lui-même. Il y a un an et demi, malgré une pression socio-économique intense, dans une situation de contrôle des capitaux et avec des medias massivement favorables à l’UE, 62% des Grecs en sont venus à refuser les termes d’un troisième renflouement . Toute personne qui comprend un petit quelque chose à l’économie et aux finances semble admettre que l’approche actuelle de la dette grecque est insoutenable économiquement, socialement et politiquement : en somme, un désastre. Même le chef d’orchestre de toute la parodie, le FMI, en est venu à admettre que le néo-libéralisme et l’austérité ne fonctionnent pas, tout simplement.

Alors, qu’attendons-nous ? Pourquoi des millions d’Européens souffrent-ils encore  sous l’emprise de dogmes politiques et économiques complètement erronés ?

Tout simple : parce que, pour un certain nombre de gens au pouvoir, reconnaître leur défaite sur cette question marquerait la fin de leur carrière. Après avoir intoxiqué les électeurs européens contre les PIIGS fainéants, ce ne serait rien de moins qu’un suicide politique de faire demi tour et de céder aux demandes grecques. Quand aurait lieu la prochaine victoire électorale en Europe pour les architectes de l’austérité si on révélait que les années de souffrance financière et sociale ont été des blessures inutiles auto-infligées pour des résultats économiques nuls ?

La Grèce volant de ses propres ailes

Ainsi, il devient de plus en plus évident que la Grèce doit trouver sa propre voie pour sortir de ce gâchis. A ce stade, cela signifie un arrêt immédiat de remboursement aux créanciers ; une position qui va soit obliger ses partenaires à une réduction de dette vitale, soit conduire le pays à une sortie de l’euro. Avec l’Allemagne qui s’obstine à maintenir ( en violation flagrante des règles de l’UE) son excédent budgétaire de 9% et à refuser d’accroître ses importations, l’Europe est dans une impasse, et nul n’est plus blessé par cela que la Grèce. Bien que la première solution soit préférable – éviter des remous au vaisseau européen dans une époque d’instabilité globale est une chose importante – la deuxième est encore préférable au statu quo.

C’est une conclusion exceptionnellement pénible à laquelle peut aboutir un europhile , mais aussi longtemps que l’Europe n’est pas réellement unie politiquement et économiquement, aussi longtemps qu’il y a une domination injuste des intérêts d’une ou de quelques nations sur ceux des autres, tant que nous avons une Union Européenne qui n’adhère pas aux valeurs de base de la démocratie et de la solidarité, les nations seront toujours obligées de poursuivre leurs propres intérêts, parce que si elles ne le font pas pour elles-mêmes, personne d’autre ne le fera pour elles. La Grèce a besoin de continuer là où l’a laissée le Referendum NON il y a un an et demi, et de résister.

Objectif 2025

C’est pourquoi nous avons besoin du Mouvement pour la Démocratie en Europe 2025 (DiEM25) : pour arrêter les politiques anachroniques de nos gouvernements, les arrangements à courte vue du Conseil Européen et les politiques machiavéliques de l’Eurogroupe. Nous avons besoin d’une Union qui n’oblige pas les pays à faire ce que la Grèce doit faire maintenant. Nous avons besoin d’une UE qui répond directement à ses citoyens, par-dessus la tête de leurs gouvernements. En résumé, nous avons besoin d’une constitution européenne qui nous rassemble dans le même bateau ; un bateau que nous pouvons dès lors équiper en vue des tempêtes à venir.

Avec une planète toujours plus instable, avec des défis transfrontaliers, et nous, citoyens, toujours plus désillusionnés par l’incapacité et le manque d’imagination de nos représentants, le moment est venu pour la Démocratie en Europe.

Beaucoup ont plaidé que 2025 est un objectif trop ambitieux, mais voyant à quelle vitesse le monde semble tourner ces derniers temps, on ne peut que se demander s’il n’est en fait pas trop tard. Tout ce que nous pouvons faire est d’essayer.

Erik Edman

DSC Bruxelles1